Oh oui, Kant ! Kant, notre modèle de perfection absolue, notre pauvre enfant incapable de dire autre chose que la vérité. Sauf que Kant était un homme, nous sommes des hommes (enfin, jusqu'à preuve du contraire, ça peut arriver... ça arrive !) et un homme, ça pense (oh oui, Pascal, Descartes !! [Oh non !!]), ça réfléchit, ça calcule (je persiste et je signe) et là se situe le point discriminant du passage de l'enfance à l'âge adulte. Pourquoi, là où un enfant est incapable de mentir, là où il est AUTHENTIQUE, comme je le disais précédemment... pourquoi l'homme, lui, en est-il incapable ? Et que même la personne qui se dit la moins calculatrice au monde, se retrouve à mentir, elle aussi, ou tout au moins, à cacher une vérité ? Qui n'est autre chose qu'un mensonge, il faut en convenir. Parce que là où l'enfant apparaît véritablement, à chaque instant, tel qu'il est, car il n'a aucunement conscience de ce qu'il pourrait être autrement, l'adulte, tout juste entré dans son âge, et là, je cite Pasolini, qui nous conseil : « être vous-même, c'est-à-dire continuellement irreconnaissable ». On peut envisager cette phrase de diverses manières, néanmoins, je retiendrais l'interprétation qu'en a fait un jeune chercheur, qui m'a fait découvrir cette phrase lors d'un colloque : être soi-même... n'est-ce pas là le plus merveilleux des oxymores lorsque l'on associe ce groupe de mots au concept d'homme ? Être soi-même alors même que le mensonge est entré dans notre vie, qu'il nous entoure continuellement, sous toutes ses formes, et parmi la plus répandue : l'hypocrisie. Être soi-même dans un monde borné par les apparences, où chacun joue un rôle sur cette immense scène, dans cette immense représentation constante ; où chacun joue un rôle, et peut en changer, selon les situations, les personnes, le contexte, ce que l'on attend de lui. Ce n'est pas tant que l'homme ne peut pas savoir qui il est vraiment... mais s'il veut être lui-même, il doit alors devenir « irreconnaissable ». Pourquoi ? Simplement car apparaître tel que l'on est, c'est s'exposer aux pires dangers, car cette attitude est trop rare en ce monde, et mieux vaut un mensonge pour préserver la vérité sur soi-même, au risque d'avoir à se justifier. Et c'est sans doute en ce sens, que lors de ce même colloque, ma chère madame Cohen-Halimi avait fini par dire, que « devenir enfant, c'est le destin de l'adulte ». Autrement dit, que de devenir sincère et véritable est le destin, l'aboutissement que doit connaitre cet homme plein de vices, qui produit des mensonges pour les cacher, en place et lieu de les assumer pleinement. Devenir authentique, voilà notre destinée. En attendant, qu'en est-il ?
On en est toujours au même point... depuis Platon, ça n'a pas changé. La vérité est toujours aussi difficile, là où un mensonge est tellement plus simple. Pourquoi se compliquer la vie à apparaître tel que l'on est et à s'assumer pleinement alors que l'on peut mener une vie insouciante à cacher ce que l'on fait, à adapter ce que l'on pense réellement à ce qu'il est convenable de penser, à apparaître tel que l'on devrait apparaître pour « foutre la paix » aux autres ? Pourquoi devrions-nous le faire ? Parce qu'on ne vit pas dans un rêve, parce qu'on n'est pas dans un tableau où tout est parfait, où tout le monde est à la même taille... parce qu'on n'est pas dans un film où une femme, plus petite que l'homme, au moment du baiser se retrouve tout à coup pile à sa taille pour que le champ soit parfait, parce qu'on l'a montée sur échasses (et ouais, ça se fait, il fallait regarder ONPC cette nuit, Foresti l'a dénoncé). On vit dans un monde, dans une réalité qu'il faut accepter comme telle et évoluer au mieux à partir de ce qu'elle est, et agir de telle sorte que notre petit monde devienne tel qu'il pourrait être et non tel qu'on voudrait qu'il soit, et pour cela il faut partir de lui, il faut partir de soi. Et partir de cela, c'est partir de la vérité et vivre avec elle. Là où beaucoup considèrent qu'un mensonge ne fait pas de mal tant qu'il reste caché, je suis désolée de leur dire que la vérité l'emporte toujours, et que lorsqu'elle éclate, il n'y a pas pire qu'une vérité cachée pendant un certain temps, qu'une vérité assumée directement. La vérité fait mal ? Tentez donc la vérité révélée à contre coup. Ce sentiment de trahison, ce sentiment de s'être fait prendre pour un con pendant des jours, des semaines, des mois, voir des années... et parfois même toute sa vie. Mentir, c'est produire de la croyance : faire croire à quelqu'un qu'il peut vous aimer alors qu'il ne le devrait pas, faire croire à quelqu'un qu'il peut vous faire confiance alors que vous le trahissez à chaque seconde, faire croire à quelqu'un que tout va bien quand tout va mal, et à plus grande échelle... faire croire aux hommes qu'ils sont libres et égaux alors qu'ils sont asservis et manipulés toute leur vie.
Sortons donc de la caverne, nous y verrons plus clair. Certes, ça fera mal aux yeux, sur le coup... je préfère avoir mal aux yeux une fois plutôt que de passer ma vie dans le noir, au point d'en perdre définitivement la vue. Quand on a les yeux bleus, c'est quand même dommage, non ?
P.S. Non, je ne suis pas parfaite... j'ai menti, beaucoup même, on m'a menti... j'ai souffert et j'ai fais souffrir, et simplement : plus jamais ça, c'est ce que j'essaie de faire.